L’école à la maison

De ma rencontre avec Jennifer Derraz, il y a de cela quelques années est née une amitié ancrée par une vision commune (entre autre) de l’éducation de nos enfants. Si j’ai à plusieurs reprises eu l’envie d’expérimenter l’école à la maison, Jennifer, elle, a franchi le pas. En ces temps de confinement où nous voilà coiffées de notre casquette d’enseignante, Jennifer a gentiment accepté de nous partager son quotidien de maman-professeure à la maison.

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Des enfants différents

Jennifer, 41 ans, maman de 2 enfants, un garçon de 12 ans et une fille de 8 ans. Je n’ai pas fait de grandes études, je n’ai pas le BAC. Je n’ai rien contre l’école et j’étais une enfant qui aimait l’école.

Cependant, l’école n’est pas adaptée pour les enfants différents, ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Mon fils fait parti de ces enfants différents, haut potentiel avec des troubles DYS, une hypersensibilité et beaucoup d’empathie. Nous venons juste d’avoir les résultats de bilan pour les DYS (cela fait 8 ans que je demande ce test). Ma fille doit aussi avoir des troubles DYS, un bilan est envisagé mais cela reste le parcours du combattant pour réussir à tester les enfants.

L'école, un passage obligé ?

J’ai pratiqué l’ultra maternage avec mes 2 enfants, de l’allaitement prolonger aux co-dodos, en passant par le portage intensif. J’ai même souhaité très fort accoucher à la maison, pour accueillir au mieux mes enfants, mais aucun praticien ne le faisait dans notre ville.
 
Je ne voulais pas mettre mes enfants à la crèche, ni les confier à qui que se soit, car il était de mon devoir de maman de veiller à leur bon développement, à leur bien-être. Encore moins de les mettre à la maternelle, ce qui est pour moi une garderie gratuite.
Il y a des pays où la maternelle n’existe pas et où il incombe aux parents l’apprentissage de la lecture avant l’entrée au CP comme en Chine par exemple.
 
J’ai vu tout de suite que mon fils était différent, j’ai donc cherché ce qu’il pouvait avoir, et j’ai constaté qu’il avait plein de points cohérents avec le haut potentiel. J’ai donc demandé à lui faire passer un test QI pour en avoir la certitude.
La psychologue qui a fait passer le test était aussi psychologue scolaire, mais ne comprenait pas pourquoi je ne le mettais pas à la maternelle. Pour elle, mon fils était « un enfant Roi » à qui j’autorisais tout et que son comportement que je trouvais différent venait du fait qu’il fallait le mettre à l’école et que ça le recadrerait.
J’en doutais car je connaissais mon fils et il y avait un cadre à la maison, ce n’était pas une terreur, c’était un gentil petit garçon. Il apprenait bien avec moi, était inscrit au sport, à la piscine où ça se passait bien.

L'école à la maison ou l'Instruction en Famille

Cependant pour elle comme pour tout notre entourage, ce n’était pas « normal » de ne pas mettre un enfant à l’école. Avec mon mari, nous avons décidé d’essayer la moyenne section. Et comme je le savais déjà, mon fils ne rentrait pas dans le moule.
 
Cette période fut très difficile à vivre pour lui comme pour moi. Je voyais bien qu’il y allait uniquement pour me faire plaisir, mais il était malheureux, se renfermait, s’éteignait.
A nouveau, je suis partie à la recherche de solutions. Et j’ai découvert L’instruction En Famille (IEF), l’école à la maison.
 
Je savais que certains enfants, souvent malades, ou des enfants avec des parents qui voyagent, le pratiquaient, mais comme beaucoup de monde je ne savais pas que tout le monde pouvait le faire.
On me mentait depuis toujours, car en fait, ce n’est pas l’école qui est obligatoire, c’est l’instruction qui est obligatoire, on se doit en tant que parent d’instruire nos enfants, de la manière que l’on souhaite.
 

Je me suis donc posée beaucoup de questions et j’ai eu peur de la responsabilité que ça représentait de faire l’école à la maison. Est-ce-que les enfants ne me reprocheraient pas plus tard de les avoir privés d’école ? Et si je n’y arrive pas ? Et s’ils n’apprennent rien ? Est-ce qu’ils pourront réussir plus tard ? Et surtout, vais-je en être capable ?

Mais finalement, qui est mieux placée que moi pour apprendre à mes enfants ? Qui les connaît mieux que moi ? 
C’est vrai, un enfant apprend seul à marcher, puis à parler, nous parents sommes là pour lui donner confiance en lui, pour l’aider à se relever, pour corriger ses petites erreurs, alors pourquoi passer par la case Ecole concernant les autres apprentissages?

Se faire confiance

J’avais confiance en moi, et je savais que se serait bon pour mon enfant. J’ai fait beaucoup de recherches sur l’école à la maison, de façon à pouvoir expliquer et argumenter mon choix à mon mari, puis à notre entourage.
Car OUI, on doit se justifier tout le temps du pourquoi les enfants ne vont pas à l’école.
Maintenant, après toutes ces années, ma réponse est celle-ci : 
 

Et pourquoi ils y seraient ? Il n’y a pas qu’à l’école qu’on peut apprendre!

 
J’avais des craintes concernant l’entrée au CP pour la lecture. J’ai donc trouvé sur internet des écoles privées par correspondance, ce qui m’a permis d’avoir des supports et il y avait un suivi par des professeurs. J’ai continué le CE1 de la même manière, mais finalement, je me suis rendue compte que les supports que je payais une fortune, étaient les mêmes que ce que proposaient les manuels scolaires.
J’avais confiance en nous, et donc depuis le CE2 et pour toute la scolarité de ma fille, je commande tous les ans les manuels scolaires et les cahiers d’exercices.
 
Mes enfants pratiquent de nombreuses activités sportives et culturelles depuis tout petits, et ils sont heureux de vivre comme ça.
Et puis il y a toujours la possibilité qu’ils retournent à l’école s’ils en ont envie.

Un choix de vie moins stressant

C’est devenu au fil des années un vrai choix de vie.
Nous ne subissons pas le stress lié à l’école. Les enfants vivent à leur rythme. Nous profitons pleinement d’être ensemble.
Nous organisons beaucoup de sorties, expositions, forum, cinéma,musées,…. Nos sorties ne sont pas forcément payantes, je suis toujours à l’affût d’activités gratuites ou en promotions.
Les enfants participent toujours aux choix et à l’organisation de la maison.
Ils viennent avec moi partout, banques, notaires, comptables, impôts, déchetterie, associations,  médecins spécialistes,… Ils participent à la vraie vie.
 
Nous partons aussi plusieurs fois dans l’année en vacances, car nous réservons hors période de vacances scolaires ou en dernières minutes. De ce fait, nous payons beaucoup moins cher ce qui nous permet de partir plus souvent.
 
Chez nous, l’école c’est le matin, mais il n’y a pas d’horaire fixe, c’est quand on est levé et prêt (souvent en pyjama).
L’après-midi est consacré aux activités s’il y en a, sinon les enfants sont libres de leur temps et ils ont le droit de ne rien faire aussi.
 
Nous avons pour obligation d’envoyer un courrier à la mairie et à l’inspection académique avant chaque rentrée scolaire, pour les avertir que nous faisons l’école à la maison.
Puis, nous avons un contrôle de la mairie tous les 2 ans et un de l’inspection tous les ans afin de vérifier les acquisitions des enfants.

L'école à la maison, du bonheur!

Pour toutes les personnes qui ont peur de se lancer, je souhaite leur dire : 
Croyez en vous et surtout en vos enfants! Allez-y, vous ne risquez rien! Et une fois que vous aurez goûté à cette liberté, vous ne voudrez plus revenir à votre ancienne vie. Il vous faudra lâcher prise et relativiser, ne vous mettez et ne mettez pas la pression à vos enfants.
Vous verrez, c’est gratifiant en tant que parent.
 
Il y a tellement de supports disponibles maintenant, qu’il est facile de pouvoir apprendre.
J’ai récemment repris une activité professionnelle en tant qu’agent immobilier indépendante. Et j’arrive à concilier l’école des enfants le matin, leurs activités et mon travail l’après-midi.
 
A l’heure où j’écris, nous sommes en confinement suite à l’épidémie du COVID19. Et je peux vous dire que ce confinement ne change rien pour nous. Nous avons l’habitude de vivre ensemble.
Je trouve que cette pause pour la planète sera bénéfique pour toutes les personnes qui vivaient à 100 à l’heure, qui se questionnaient déjà sur un autre mode de vie, et qui découvrent les plaisirs de se laisser vivre sans contraintes en profitant de sa famille.
 
Bienvenue dans notre mode de vie !!

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